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The Night Is Ours - version RCR

dimanche 28 février 2010, par Erwan Tanguy

Il y a quelques années RCR (Radio Campus Rennes) avaient proposé à des auteurs d’écrire des textes côté noir. Puis ces textes étaient mis en voix par des compagnies de théâtre (les Ateliers 415 en ont mis une en voix) et en musique.

J’avais proposé « The Night Is Ours » qui était un projet peu avancé à ce moment-là. Il a été mis en voix par Playtime Compagnie.

The Night Is Ours - version RCR
Playtime Cie & RCR

Vous pouvez écouter le résultat ci-dessous :

MP3 - 11.1 Mo
The Night Is Ours - version RCR
voix Playtime Cie

The Night Is Ours

La nuit nous appartient
Et tu es mort
Tu crois que je vais m’excuser
D’avoir buter un noir
Dans ce quartier pourri

A cette heure là
C’est suicidaire
Tu nous pousses à l’erreur

Dès qu’on a compris
On a appelé une ambulance
D’habitude
Pour les criminels
On attend qu’ils crèvent tu vois
Pas la peine de surcharger les prisons

Là on a quand même du coeur
Pas parce que tu es noir qu’on allait te laisser crever sur le pas de ta porte
Mais tu étais mort
C’est vrai le stress
On a tiré beaucoup

Comme tu tombais pas
Vu le nombre de tirs
J’ai cru que tu avais un gilet pare-balles
Tu es mort
Mais même si tu es innocent
Ça fait quand même un noir en moins

"Je regrette"
Je dirai ça au procès

On sait bien qu’il y aura procès
Les autres collègues
Ils ont tiré aussi après
Tu étais déjà mort
Tu peux comprendre
Un geste de solidarité
C’est comme ça chez nous
La police c’est une famille

J’aime
Quand la nuit
Dans un curieux silence
S’approchent les gyrophares des ambulances
Puis les brancards vides
Pour emporter les corps morts

J’aime
Quand la nuit
Les voix chuchotent
Se félicitent
Qu’aucun collègue ne soit
A terre
J’aime
Quand la nuit
S’éloignent les gyrophares
Dans une lenteur sans urgence
Déposer les brancards
A la morgue

Un appel en urgence
Un homme à terre
Coups de feu et police
sur les lieux

Je n’aime pas
Les appels la nuit dans ce quartier-là
Pour des coups de feu

Encore à supporter la vue des corps criblés de balles
De jeunes hommes qui parfois n’ont pas pris le bon chemin
Ils sont par terre
Recroquevillés
Se tenant le ventre
La première fois on gerbe
Maintenant parfois j’ai un hoquet
Je ravale

Je vois le corps
Des impacts partout
Un règlement de compte
Mais un flic dit
"on a cru qu’il avait une arme
Et un gilet pare-balles"

Je ne dis rien
Regarde ce corps
Et les impacts sur les murs
Sur la porte
Un vrai règlement de compte
Sauf que ce sont des flics qui tirent
C’est pour ça que je me tais
Au cas où il resterait une balle dans leurs armes
On ramasse le cadavre en silence
On repart
Plus loin on s’arrête
Mon collègue sort et vomit

Pour une fois moi rien
Je crois que je suis au-delà du dégoût

Cris au loin
Ça hurle
Papiers
Papiers
Vos papiers
Ça hurle
Que des cris
Des hurlements de questions
Courtes sèches sifflantes
Comme des balles
Un rire aussi
Persistant
Puis
Un temps
Une volée de coups de feu
Il faut appeler la police
Mais c’est la police
Il faut appeler les ambulances
Elles arrivent
Elles arrivent trop tard
Toujours trop tard
Ici les ambulances sont tellement loin
Les hôpitaux sont tellement loin
Les vivants sont tolérés
Les morts sont sur le visage de tous
Hurler tant que vous voulez
Les morts n’ont plus de papiers

Alors il va les sortir ses papiers
Qu’on en finisse
Il va quand même pas mettre trois heures à les sortir de sa poche
Hé quoi
Voilà mon collègue qui tombe
Il a sorti un flingue ou quoi
J’ai rien entendu
Je ne vois pas bien
Je tire je tire seize fois je tire
Je vide mon chargeur
Et j’ai les genoux qui tremblent
Et mon collègue à terre pareil
Il tire
Le chargeur vidé il tire encore
J’entends le percuteur qui clique dans le vide
Les deux autres ils viennent
Regardent le corps du suspect
Neutralisé par légitime défense
Il a son porte feuille à la main
Pas de flingue
Pas de flingue
Dans l’autre main des clés
Pas de flingue
C’est la merde
Qu’est-ce qu’il faisait la nuit à se balader
Il est con ce noir merde
Il aurait dû savoir

La nuit nous appartient

J’ai comme un brouillard devant
Dans la tête et devant
Je n’ai pas eu le temps
A chercher lentement
Dans la poche de ma veste
La preuve de mon innocence
Je n’ai pas eu le temps
La main à peine sortie
Des douleurs dans le cou
Les bras le ventre
Je n’ai pas eu le temps
Même de crier
Mes genoux ont lâché
Par terre effondré
Je n’ai pas eu le temps
De penser à mes amis
Perdu le fil des pensées
Tout cela envolé
Je n’ai pas eu le temps
La preuve à la main
Jamais je ne franchirai
Le seuil de ma porte

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