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Sur quel radeau - Photographie 10

lundi 26 septembre 2005, par Erwan Tanguy

Sur quel radeau - Photographie 10
Tempête aux USA
L’Humanité hebdo du 24 septembre 05

Je n’ai pas mis le pied dehors, n’ai pas compris ce qui se passait, espérais un matin comme les autres, je n’ai même pas pu quitter mon lit - j’aurais pu le faire sans trop de danger pourtant mais j’étais pétrifié. Je suis encore pétrifié.

Ma chambre est au premier, ce qui, en temps normal, me met à l’abri des intempéries qui ont tendance à se reproduire fréquemment, mais jamais je n’aurais imaginé une inondation jusqu’aux pieds du lit. Je n’ai pas osé crié au réveil, je n’ose toujours pas - savoir si ceux qui dormaient au RDC ont eu le temps de monter, de fuir, ou s’ils sont morts. Il n’y a comme bruit que le clapotis de l’eau, qui ne semble pas continuer à monter, et quelques objets flottants qui se cognent. Si, malgré tout, j’entends des cris, des appels à l’aide, irais-je à leur secours ? Mon lit est l’abri qui me correspond le mieux dans ce genre de situation, je peux encore dormir au chaud.

J’ai saisi, par reflexe sans doute, tout ce qui pouvait me servir et qui était à porter de mes mains, quelques livres, une bouteille d’eau, des biscuits à peine trempés, de la ventoline qui ne m’appartient pas, mais ça peut toujours servir, un téléphone dont les batteries sont chargées, et je m’empresse de l’éteindre pour éviter de gaspiller - je peux en avoir besoin puisque je ne peux pas me déplacer. Dans quelques heures je me commanderai une pizza, ce genre de service doit bien pouvoir me livrer malgré l’eau. S’ils ne respectent pas le délai de livraison, ils remboursent. Avec un peu de chance, je mange gratuitement ce midi.

Ca y est mon lit flotte, je le sens se soulever d’un coup et il suit les mouvements de l’eau, il tangue. J’ai eu le temps de saisir la lampe hallogène pour en faire un mat. Si jamais ça continue, j’ouvre la fenêtre et tente une excursion à l’extérieur, j’utiliserai un drap pour faire la voile. Mais je le ferai après la pizza, si je dérive ils ne pourront pas me retrouver.

(à suivre)

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Homme seul sur un toit
L’Humanité hebdo du 24 septembre 05
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