sprechgesang

La genèse du projet

mercredi 19 mars 2008, par Mikael Plunian

En 2003, j’ai travaillé avec François Verret à partir d’Absalon Absalon de William Faulkner. François Verret m’a demandé de réinventer un des chapitres consacré au personnage de Rosa Coldfield. J’ai donc initié un monologue ponctué d’improvisations et de fragments de textes et je me suis appropriée son parcours. C’est l’histoire d’une femme égarée qui cherche une langue pour nommer son désarroi et elle n’y parvient pas. Alors des poèmes de Gherasim Luca, Henri Michaux, Emma Santos, Hélène Bessette, Hans Bellmer, Jacques Demy, l’aident à poursuivre son récit. Elle se débat avec le monde, parcourt les mots dans leur étrangeté, leur musicalité.

J’ai alors décidé d’y adjoindre les poèmes en américain de Patti Smith. L’égérie du rock’n’roll, possède une énergie et un charisme qui permet à ses textes de libérer une radicalité poétique et une violence érotique dont j’avais besoin pour mon monologue.

Je me suis rendu compte que Patti Smith ressemblait aux femmes surréalistes pour qui je me passionne depuis des années. Mes compagnons de lectures ont toujours été des femmes singulières, libres, défiant leur époque avec une envie déraisonnable d’envahir l’espace-temps, une force créatrice qui leur permettait de se libérer de la pression sociale (un monde où la révolte est une vertu et l’imagination, un passeport pour une vie plus libre). Elles voulaient transformer le monde selon leurs désirs : Léonor Fini, Dorothéa Tanning, Léonora Carrington, Dora Maar...

Le surréalisme comme expression de vie, le texte comme substitut de vie : Mon rapport au texte est particulier. J’aime les auteurs avec une langue à défendre, mâcher leurs mots, jouer avec les sons. J’aime que la musicalité des mots entraîne le corps.

L’apprentissage de la langue américaine me permet de découvrir un nouveau territoire de jeu : ma voix et mon corps altérés par l’étranger. Le corps se délie, la violence des mots, la radicalité du geste artistique m’entraînent dans une folie de plateau, la voix est schizophrénique, je joue avec le public. Grâce à ce travail avec François Verret, je suis animée par une absolue nécessité. Ce travail exige en effet une mise à nu de l’intime et une authenticité subjective du présent. C’est une réelle performance.

Ce musée imaginaire habite mon corps et les voix qui y résonnent sont celles de Patti Smith, Exene Cervenka, Lizzy Mercier Descloux, musiciennes et poètes, elles sont les héritières de l’art surréaliste. Les "éperdues" après lesquelles je cours. Elles ouvrent la vie avec ce qu’elle offre d’improbable, d’inattendu. Leur singularité ravive la mienne ainsi que mes contradictions, mon imaginaire, mon désir, mes révoltes. Il me semblait donc important de découvrir la ville où fusionnent l’inattendu, la performance, l’héritage féministe et surréaliste, le rock’n’roll : LOS ANGELES...

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