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Los Angeles

mercredi 19 mars 2008, par Mikael Plunian

Los Angeles
Lamya Régragui

Lauréate de la Villa Médicis hors les murs 2007, je suis partie à Los Angeles entre mars et juillet 2007 pour développer la création de mon projet "Rosa Yemen" : découvrir une ville, m’y inspirer des nouvelles écritures féminines contemporaines et de la nouvelle scène performative. Je rencontre une ville fantasque, incroyablement étendue où la vie artistique se déploie dans de nombreux quartiers : Santa Monica, berceau du mythe californien (Sea, Surf & Sun) et ses nombreuses galeries et espaces de performance, Downtown et la nouvelle scène artistique contemporaine, en marge de la flambée du marché de l’art New Yorkais, Echo Park et la scène rock émergente qui s’invente tous les soirs dans un élan de créativité, d’invention et encore Hollywood où on peut disparaître, errer, rencontrer...

Au mois d’avril 2007, je découvre au MOCA, le musée d’art contemporain de Los Angeles, WACK, Art and Feminism !, une exposition consacrée à l’art et au féminisme. Cette formidable rétrospective révèle l’importance et l’influence du mouvement féministe américain dans l’art contemporain. Je me familiarise avec celles qui inspirent mon imaginaire : Valie Export, Hannah Wilke, Eleanor Antin. J’assiste également à un colloque sur l’écriture féminine contemporaine intitulé "Féminaissance" où je découvre la nouvelle génération d’auteurs qui bousculent la vie littéraire à Los Angeles.

En premier lieu, je suis conquise par Chris Kraus qui dirige avec Sylvère Lotringer la maison d’édition Sémiotexte. Je suis séduite par son ton, sa radicalité, notamment dans I LOVE DICK, un roman épistolaire à trois protagonistes, Chris Kraus, Sylvère Lotringer, philosophe et théoriste, Dick Hebdige, critique et ami du couple. Un soir, Dick invite le couple à dîner et séduit Chris qui tombe amoureuse de lui, elle lui écrit des lettres, il refuse d’y répondre. Avec l’aide de son mari, ils vont initier une correspondance à deux pour Dick : lettres qui symbolisent la quête de l’autre. Le projet Dick devient un processus d’écriture, un questionnement de l’être-ensemble, du couple, de l’amour. I LOVE DICK est un manifeste pour un nouveau féminisme, un livre optimiste sur le masochisme féminin qui devient salutaire pour des artistes comme Hannah Wilke, un livre courageux contre la lâcheté intellectuelle masculine. Je la rencontrerai par la suite et poursuit ma recherche dans la ville...

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Dennis Hopper

Je dois aussi évoquer ma rencontre avec Dennis Hopper, photographe, figure emblématique du cinéma américain, de Los Angeles où il vit depuis 53 ans, et grand collectionneur d’art contemporain. Cette rencontre est une rencontre précieuse et inattendue. Elle incarne et conforte ma vision de Los Angeles : ville de tous les possibles, où la fascination fait place au réel, où l’icône devient une figure du présent. Au cours d’un long entretien, nous évoquons ensemble les mutations de la ville qui s’inscrit moins dans la fantasmagorie hollywoodienne que dans les années 50 mais qui continue de fasciner par sa métamorphose permanente, son étendue. Elle s’invente tout le temps grâce à la coexistence de ses petites villes qui lui octroient une énergie formidable. Surprise par la lumière de la ville, son éclat et l’apparente superficialité, je découvre une ville où chaque territoire est un espace scénographique. Nous évoquons également les femmes artistes les plus emblématiques de Los Angeles.

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Dennis Hopper Los Angeles
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Exene Cervenka

Dont Exene Cervenka qui est à l’image de cette ville : en colère, violente et délurée, portant la lumière, libre et désespérée. Chanteuse charismatique du groupe punk-rock le plus fameux de LA "X", elle est aussi poète et plasticienne. Irrévérencieuse à l’égard d’une Amérique puritaine, ses chansons, poèmes, collages sont empreints d’une perversion joyeuse, belle, violente. Une rétrospective de son travail artistique a lieu à la galerie Western Project à Culver City en juin 2007. Je vais à sa rencontre et lui rappelle mon désir de collaborer avec elle, après lui avoir écrit pendant un an sans réponse. Curieuse et épatée par tant de détermination, elle accepte de travailler avec moi et nous envisageons à partir de décembre 2007 une future collaboration.

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Vanessa Place

Je rencontre également Vanessa Place au MOCA en juin à une spoken word/performance où elle m’invite à lire un de ses textes. Une rencontre enthousiasmante qui nous donne le désir de développer un travail ensemble. Elle écrira pour moi, comme je le précise plus tard, "text mutant" inspiré par la première étape de mon travail. J’aime la richesse et la modernité de son écriture. La langue est particulièrement érudite. Son livre "Dies : a sentence" est une longue phrase de 120 pages, un souffle suspendu au bord du précipice, une longue respiration où Vanessa Place joue avec la syntaxe, la langue américaine : elle la tord pour en révéler la complexité et la beauté, une langue qui s’essouffle jusqu’à l’épuisement.

En juin 2007, Mikael Plunian, compositeur sonore qui travaillera sur le projet Rosa Yemen, me rejoint à Los Angeles pour s’inspirer lui aussi de la ville. Il enregistre des sons, des voix, photographie , filme des instantanés de la cité des anges. Il accumule les matériaux sonores et photographiques pour réaliser sa cartographie de la ville. Cette étape de travail permet de consolider nos liens artistiques et d’inventer ensemble notre rapport à Los Angeles : notre fascination pour la littérature américaine (la Beat Generation, Faulkner, Sylvia Plath, Joan Didion, EE Cummings...), pour la musique américaine (Bob Dylan, Rolling Stones, Joan Mitchell, Brian Eno, Arvo Part...et tant d’autres), pour le cinéma américain (Jim Jarmusch, Todd Solondz, Gus Van Sant, Ira Sachs, David Lynch, Harmony Korine, Wanda de Barbara Loden, Terence Malick, John Cassavetes, Robert Altman...) nous permet d’inventer notre histoire particulière de l’Amérique.

En novembre 2007, Vanessa Place m’écrit un texte intitulé "text mutant" et nous invite moi et Mikael à créer une performance à Los Angeles. Fin novembre, nous voici ici, à LA, pendant un mois, pour continuer notre travail de recherche...

"Je suis/I am", le 16 décembre à la galerie Betalevel à Chinatown. 7pm


Rosa Yemen Project est un solo à deux influencé par des héroïnes féminines.

Rosa Yemen est un autoportrait, une invention, un poème sonore en français et en américain, une tentative de déconstruction du jeu/je, un hommage aux femmes singulières et subversives, une tentative, un essai drôle et joyeux, une mise en jeu de Los Angeles où fusionnent le décadent, le grotesque, le pire, l’inattendu, la solitude, le féminisme, le capitalisme triomphant.

Rosa Yemen est une appellation fictive pour toutes celles qui figurent dans ce projet : Vanessa Place, Lizzy Mercier-Descloux, Patti Smith, Exene Cervenka. Merci à toutes les voix désaxées, aux acharnées du réel, au surréalisme, au rock n’roll.

Rosa Yemen est un collage textuel et sonore avec la participation fictionnelle de Vanessa Place.

Rosa Yemen est une performance vocale et sonore, inspirée des collages dadaïstes, du New York underground des années 70 80, de l’avant-garde musicale américaine...

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