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2000 - Chroniques - Regard sur la violence

samedi 12 août 2000, par Erwan Tanguy

Voir en ligne : liens Temporairement contemporain jeudi 24 août 2000

en ébauche à la conversation du samedi 26 à 16 h : La question de la violence :
ce qui est écrit, ce qui est montré

Théâtre et violence. Des chemins qui se suivent. Mais aujourd’hui quelle violence ? Ou plutôt de plus en plus de violence... peut-être. Malgré tout il y a une violence qui apparaît dans les écritures contemporaines, plus appuyée je ne sais pas, différente, qui pourrait sembler gratuite. Une violence qui interroge. Autant par sa force que par les questions qu’elle pose au théâtre, au lecteurs, aux acteurs et aux metteurs en scène.

Les premiers spectacles de Sarah Kane, par exemple, suscitaient d’autres violences pour en interdire la diffusion. Elle disait, je n’ai pas les termes exacts, que pour elle, il faut montrer la violence et ne pas la dissimuler par une esthétique qui finalement met en beauté cette violence, la rend fascinante. S. Kane voulait que la violence de ses pièces dégoûte, qu’il n’y ait aucune attirance pour elle. Si je reprend S. Kane, c’est justement parce qu’il me semble que dans certains textes de la Mousson, on retrouve cette violence un peu crue, effrayante parfois, révoltante. Les moyens de nous faire percevoir celle-ci sont différents. Pour simplifier (hélas) je distinguerais deux approches : un théâtre qui dit la violence et un théâtre qui la montre. Ainsi se pose la question : "ce qui est écrit, ce qui est montré". C’est une possibilité.

La violence que A.I.S. Lygre met en place dans "Mamam et moi et les hommes", s’installe dans la lenteur et le silence. Profondément. Nous pénètre dans la chair. Tout juste si on la voit arriver. C’est une violence de très peu de mots qui s’échappe des situations, petit à petit, jusqu’à prendre toute la place et devenir action. Le fantasme de l’histoire d’amour à la fin du texte se transforme en une réelle séquestration, une torture physique (le personnage masculin est attaché"au bois du lit avec des sangles") pour que le rêve puisse en partie se faire.
Ce qui est assez différent de la torture dans le texte de Magnus Dahlström, "L’épreuve du feu", plus sournoise, même si elle est annoncée dès le début. La violence qui s’en dégage est d’emblée plus directe et aussi plus politique par cet intermédiaire qu’est la torture. La tension amène des révélations effroyables, des faits divers de plus en plus trash - jusqu’à ce médecin qui recherche une sorte d’osmose en regardant des patients mourir sans vouloir les aider. Cette violence est, elle, dans les mots, ou du moins elle s’y révèle et nous fait prendre conscience de la torture mise en place.
Pedro Sedlensky, "La main / dans le bocal / dans la boîte / dans le train", instaure une violence plus étrange, gratuite, un exercice ou un travail entre les deux personnages masculins qui conservent une main de femme dans un bocal plein de formol. La violence dite est accompagnée de l’objet témoin de leur acte. L’acte est antérieur mais il en reste la violence et toute son absurdité.
Don Duyns, dans "Combattant(s) de tunnel", fait parler un mort ainsi que ses proches (sa mère, son meilleur ami) ou le responsable (?) de sa mort... Là ils parlent de cet accident qui a tué, l’action est passé, et de ce fait la violence en est réduit à un fait divers aux actualités, parce que les actualités réduisent la violence d’un événement pour en amener une nouvelle, indiscrète, prête à refaire pleurer les proches. Car l’événement est après, quand les journalistes sont là - ils ne peuvent (heureusement ou hélas) prévoir à l’avance où sera l’actualité.

Ce qui rapproche ces violences, qu’elles soient dites (écrites) ou montrées, c’est qu’elles semblent ne dénoncer qu’elles-mêmes. Par le dégoût, l’absurdité, l’accumulation de tensions. Je ne sais pas si je préfère l’entendre à le voir, même en lecture certaines violences me choquent, m’interpellent...

Sans emphases, ni apprivoisement, elles (ces violences) semblent explosées. Nous pètent à la gueule et restent sans réelle explication.

Erwan Tanguy

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