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2000 - L'Epreuve du feu, de Magnus Dahlström

samedi 12 août 2000, par Erwan Tanguy

Voir en ligne : liens Temporairement contemporain mercredi 23 août 2000

traduit du suédois par Terje Sinding
Ed. Les Solitaires Intempestifs, 2000

Violence. On y entre là de face. Pas une violence d’action. Une violence qui arrive par les mots. Avouer pour que cesse la torture.
Une pièce où huit personnes se torturent. Le tortionnaire amène les tensions par une suite de questions qu’il répète. Tous y passeront. Ils avoueront. Ce qu’ils ont fait. Ou le pire qu’ils puissent faire.

"C’est le principe de la torture chinoise (...) A la fin on est prêt à avouer n’importe quoi."

Une torture qui ne se montre pas. Agit sournoisement sous les traits du tortionnaire - un parmi les huit autres.
Qu’ont-ils de pire à cacher que l’autre. Et la violence c’est d’abord d’interdire le silence. De toujours poser les questions auxquelles on ne veut pas répondre. Qui font chier. Pire encore. Celles qui poussent à ne plus savoir ce qui se dit. A ne plus contrôler. Peu importe que les réponses soient vraies ou non. Puisque c’est dit les faits avoués se mettent à exister par l’imagination. Tous ont l’air surpris et écoeuré - peut-être juste parce que personne ne réagit vraiment aux aveux parce que personne n’est surpris ou écoeuré - par les déclarations des autres alors qu’eux ont fait dans le pire. Puis tous se soutiennent. Semblent s’excuser. Encore le tortionnaire les placent face à leurs actions. Il n’y a semble-t-il aucune échapatoire. Rien y fait la violence est là. Elle assomme. La torture va recommencer. Même après. La main sur les yeux pour ne pas voir les mots qui continuent. Mais lire entre les doigts. Surtout ne pas être voyeur de ce qui est écrit. Rien qu’écrit. Il ne s’est d’ailleurs rien passé. Ils le disent mais pourquoi le croire. Parce que la torture donne le sentiment d’une vérité. Que les hommes en sont capable. Certainement. Des faits comme des tortures. Notre imagination nous sait-elle capable de tant de violence gratuite.
Puis ce silence à la fin.
Enfin.

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