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Le mystère Verret (version 1)

ma place de spectateur

mardi 8 avril 2008, par Erwan Tanguy

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Aujourd’hui, c’est ma place de spectateur que je questionne, celle face aux spectacles de François Verret. Pourquoi lui en particulier ? Je ne sais pas, ou plus si, je le sais trop bien.

Il y a de nombreux metteurs en scène dont je ne vais plus voir les spectacles, ou seulement par accident, me disant à chaque fois : "C’est la dernière fois que je me fais avoir", parce que j’ai vraiment l’impression de me faire avoir quand je vois certains spectacles. Mais avec Verret, c’est une autre histoire. Comme Chorégraphe/metteur en scène (on ne sait plus trop dans quelle catégorie le mettre) il représente un peu ce que je déteste : réputation d’être un tyran, ambiance de répétition pourrie, personnage distant, antipathique, bref rien qui m’attire. Et pourtant, même si je n’ai pas aimé certain de ses spectacles (son travail autour de Bartleby par exemple), il est le seul actuellement à me transporter. Son travail sur Sans Retour ou dernièrement Ice, "une écriture scénique inspirée de l’œuvre éponyme de la grande voyageuse anglaise et héroïnomane Anna Kavan", m’a soufflé. Quand il me touche à travers ses spectacles, ça me reste dans la tête pendant des années. Et aujourd’hui quand j’écris, quand j’imagine un plateau avec des acteurs, du texte, ma première vision ressemble à un espace de Verret.De plus dans ICE, son travail sur la musique m’a ramené à mon propre travail (sur les Traversées avec violoncelle, ordinateur et textes).

Je me sens très proche de son travail tout en étant très éloigné du personnage. C’est assez troublant. Donc depuis la première fois que j’ai vu un de ses spectacles jusqu’à maintenant je ne loupe rien de ce qui passe, rien ou presque, si je loupe c’est involontaire, à cause d’un emploi du temps. Parfois je ressors déçu profondément, avec rien à garder comme pour son travail sur Tokyo avec ce film très intime entre lui et sa compagne. Mais souvent ça me reste en tête, je ressors plein de matière, plein d’énergie, et je trouve ses interprètes, ses collaborateurs, très impressionnants. Je crois que son premier talent est qu’il s’entoure extrêmement bien.

Je suis sensible à son esthétique, oui, sans doute. Mais je suis sensible par exemple aux textes de Mouawad, son écriture me travaille, le théâtre que ça explore et propose, et pourtant rien de comparable. Le frisson n’est pas le même. Cela dépasse l’écriture. Bon si je voyais une mise en scène de Mouawad, peut-être reviendrais-je sur mes propos, je l’espère en tous cas, puisque ce genre de frissons, c’est un peu le but du spectateur, sa quête interminable. Mais à la différence de Mouawad, je ne voudrais pas travailler avec Verret. Ce serait flatteur, j’hésiterais, peut-être même si il me le proposait (on ne sait pas trop pourquoi ni comment) je le ferais, mais j’en ressortirais sans doute pas bien, je ne crois pas qu’en tant que personne, il puisse y avoir une rencontre possible. Je me trompe peut-être, c’est juste une intuition. Rien de plus.

Alors le mystère Verret pour moi reste entier, inaccessible, car je ne veux pas y répondre autrement que par mon propre travail, mon propre parcours d’écriture et de scène, de rencontre. Donc je le remercie pour ça, pour l’énergie qu’il me donne, pour le courage qu’il m’insuffle à ses dépends sans doute, puisqu’il ne me connaît pas, puisque je suis un spectateur parmi d’autres, et que cette place me convient.

Le mystère Verret (version 1)
Sans Retour
François Verret - La Compagnie FV
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