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Le théâtre a besoin de poètes !

Réflexion sur le théâtre

dimanche 29 mars 2009, par Erwan Tanguy

C’est comme un cri d’urgence : le théâtre a besoin de poètes ! Aujourd’hui, cela me semble vital, pour le théâtre mais pas seulement.

Il y a trop de fonctionnaires et pas assez de poètes. Triste constat. Et je ne parle pas des personnes qui travaillent dans les théâtres, je parle des artistes. Alors qu’ils se sentent menacé, et à juste titre, pour leur statut, au lieu de se battre avec des armes poétiques ils s’enferment dans leur statut, se fonctionnarisent. C’est pourtant un des éléments qui met en danger leur statut : le fonctionnariat des artistes. Sans parler d’artistes d’État, car un État se devrait même de salarier certains de ses artistes, le problème c’est que ces artistes ne posent plus aucune condition à ce salariat, ils abandonnent toutes prétentions artistiques pour préserver leur statut.

Alors que le théâtre aurait besoin de paroles fortes, nous n’avons finalement que des paroles étouffées, molles, voire désincarnées.
Où sont les poètes ? Ils sont là, ils grouillent dans les théâtres mais n’ont pas le droit à la parole.

Il y a sans doute aussi un curieux malentendu. Un malentendu qui dure. À force de croire que seuls les metteurs en scène peuvent porter une parole poétique et/ou politique au théâtre. Je crois aujourd’hui que ce sont justement les seuls qui ne le peuvent pas.
Les metteurs en scène cristallisent toutes les attentes des institutions, du public, des journalistes. Ils doivent mener un projet autant sur le plan artistique qu’administratif et sont attendus au tournant sur tous les plans. Quant aux autres artistes de la scène, ils sont mis à l’écart. Les acteurs ont parfois le droit à de la considération, certains arrivent à obtenir une reconnaissance qui leur permet de faire ce qu’ils veulent. Certains auteurs aussi. Mais j’ai toujours une curieuse impression que ce n’est que pour mieux étouffer les poètes.
Suis-je devenu paranoïaque ? Verrais-je des complots anti-poètes partout ? Je ne crois pas.
Mais je crois profondément qu’il devient nécessaire et urgent que le théâtre change. Qu’il change en profondeur. Je ne suis pas naïf, je sais bien que même en le changeant il y aurait toujours assez peu de poètes à mon goût et encore trop de fonctionnaires. Sans doute est-ce humain, mais le système tel qu’il est rend le théâtre détestable, d’un détestable mal placé, qui ne dérange rien, qui ne bouscule personne si ce n’est ceux qui y voient des dépenses onéreuses et inutiles. (++++) Les paroles politiques, aussi navrantes soient-elles, ne font plus réagir personne, ou si peu, ou pour la forme. Pourtant, toute l’actualité politique nationale et internationale devrait faire hurler et rugir les artistes. Que craignent-ils ? Perdre leurs postes qui sont déjà bien fragilisés ? Pire, perdre leur légitimité ?
Heureusement, je joue au pessimiste, il y a beaucoup d’artistes qui hurlent et qui rugissent quand dans les médias on ne parle que de ceux qui ne font rien pour que ça change ou si peu. Mais ces artistes ne réussissent pas à hurler assez fort, ou n’emploient pas les bons moyens. Ne sont en tous cas, et on s’en doute, pas ou peu soutenus. On ne devrait pourtant parler que d’eux, faire entendre en boucle ce qu’ils ont à dire. Nous n’avons jamais eu autant de moyens pour le faire grâce au net par exemple (certes le net est pollué comme ailleurs par des démarches marketing sans intérêt et il aurait fallu s’y atteler bien plus tôt, mais rien est encore perdu).

Il faudrait trouver un équilibre entre les metteurs en scène dont la démarche est artistique et les metteurs en scène dont le travail se rapproche plus du régisseur. Même si leurs tâches se ressemblent, cela me semble être deux métiers assez différents. Pour cela il faut que les régisseurs se décomplexent de l’artistique, assument leur métier, qui a bien des égards est nécessaire. Le système actuel a besoin de régisseurs quand le public lui a besoin d’artistes. Mais cet équilibre se trouve quand sur la scène, les régisseurs permettent aux acteurs, aux danseurs ou/et aux musiciens de s’exprimer, d’exprimer leur art. pour que cela se produise, les régisseurs se doivent de bien connaître leur métier, et hélas ils s’encombrent souvent de prétentions qui n’ont pas leur place.
Trop souvent les régisseurs préfèrent nous renvoyer l’image d’artistes, de poètes de la mise en scène, et ses prétentions écrasent leurs spectacles. Il y a des poètes de la scène, qui arrivent vraiment à porter toute leur équipe dans un projet, dans des projets qui finissent par les dépasser eux-mêmes. Mais ils sont rares. Et en tant que spectateurs, nous n’avons pas envie non plus de nous farcir des programmations entières de poètes metteurs en scène, il faut savoir varier les plaisirs. La poésie surgit souvent d’ailleurs de moments furtifs sur scène parce que des interprètes touchent au sublime, frôlent la grâce. Et ces moments là sont plus nécessaires que ces projets prétentieux de poésie. La poésie ne se commande pas, elle surgit. La pratique, la technique, les rencontres, tous ces éléments permettent ces surgissements mais ne les garantit pas. (++++) L’urgence politique a hurler du poème sur scène va dans ce sens, à mon avis. Il s’agit non plus de se dissimuler derrière des esthétiques sans pour autant s’abandonner à la facilité, mais de permettre à la rage de trouver un espace où elle puisse être entendu sans mettre en péril. Les engagements pour la forme, juste parce qu’on fait du théâtre, ou juste parce qu’on est de gauche, ne suffisent pas, le théâtre n’a pas besoin de fonctionnaires là, maintenant, il a besoin de poètes.

(à suivre et à améliorer)

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