Il y a trop de fonctionnaires et pas assez de poètes. Triste constat. Et je ne parle pas des personnes qui travaillent dans les théâtres, je parle des artistes. Alors qu’ils se sentent menacé, et à juste titre, pour leur statut, au lieu de se battre avec des armes poétiques ils s’enferment dans leur statut, se fonctionnarisent. C’est pourtant un des éléments qui met en danger leur statut : le fonctionnariat des artistes. Sans parler d’artistes d’État, car un État se devrait même de salarier certains de ses artistes, le problème c’est que ces artistes ne posent plus aucune condition à ce salariat, ils abandonnent toutes prétentions artistiques pour préserver leur statut.
Alors que le théâtre aurait besoin de paroles fortes, nous n’avons finalement que des paroles étouffées, molles, voire désincarnées.
Où sont les poètes ? Ils sont là, ils grouillent dans les théâtres mais n’ont pas le droit à la parole.
Il y a sans doute aussi un curieux malentendu. Un malentendu qui dure. À force de croire que seuls les metteurs en scène peuvent porter une parole poétique et/ou politique au théâtre. Je crois aujourd’hui que ce sont justement les seuls qui ne le peuvent pas.
Les metteurs en scène cristallisent toutes les attentes des institutions, du public, des journalistes. Ils doivent mener un projet autant sur le plan artistique qu’administratif et sont attendus au tournant sur tous les plans. Quant aux autres artistes de la scène, ils sont mis à l’écart. Les acteurs ont parfois le droit à de la considération, certains arrivent à obtenir une reconnaissance qui leur permet de faire ce qu’ils veulent. Certains auteurs aussi. Mais j’ai toujours une curieuse impression que ce n’est que pour mieux étouffer les poètes.
Suis-je devenu paranoïaque ? Verrais-je des complots anti-poètes partout ? Je ne crois pas.
Mais je crois profondément qu’il devient nécessaire et urgent que le théâtre change. Qu’il change en profondeur. Je ne suis pas naïf, je sais bien que même en le changeant il y aurait toujours assez peu de poètes à mon goût et encore trop de fonctionnaires. Sans doute est-ce humain, mais le système tel qu’il est rend le théâtre détestable, d’un détestable mal placé, qui ne dérange rien, qui ne bouscule personne si ce n’est ceux qui y voient des dépenses onéreuses et inutiles.
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