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Points de vue

L’AUTEUR

vendredi 26 mai 2006, par Erwan Tanguy

En écho au texte de David Lescot dans l’ouvrage que je viens d’acheter « Qu’est-ce que le théâtre ? » de Christian Biet & Christophe Triau, je viens juste rajouter mon grain de sel d’auteur, dont l’expérience est assez différente.

En lisant les mots de Lescot, j’ai retrouvé quelques impressions de travail avec le plateau, les discussions autour d’éventuelles coupes par exemple, mais contrairement à lui, je ne me suis jamais fait expulser, le terme est trop fort, on ne m’a jamais "demandé de ne plus venir". Pour des raisons simples, je suis généralement à l’origine du projet, pas seulement du projet d’écriture, mais du projet de création. N’étant pas publié, et je pense que la différence commence là, ni dans un réseau qui permettrait à mes textes d’être monté hors de moi, si je veux voir mes pièces je dois mettre en place le projet. Parfois avec une structure collective dont je fais partie, parfois avec d’autres compagnies, ce qui me dégage de certaines préoccupations (administratives entre autre) mais implique un engagement avec le plateau. Il m’arrive même parfois de jouer sur mes propres textes !

A force de chercher des collaborations avec des acteurs et des metteurs en scène, ces derniers ne répondant généralement pas, j’en arrive aussi au désir de le faire "tout seul, pour être sûr qu’il n’y ait pas de metteur en scène." Non pas pour dénier leur rôle, peut-être pour les bouder un temps, sûrement parce qu’il est possible d’envisager le théâtre sans eux, non pas pour remettre au centre le texte - pour moi le texte est un des matériaux possible pour l’acteur et le théâtre, mais seul l’acteur et le spectateur y sont indispensable - mais vraiment pour faire malgré leur absence, leur incompréhension face à un texte qui ne sert pas a priori leur carrière. Je crois que l’auteur, renvoyé depuis quelques décennies à une grande humilité, prend de plus en plus conscience qu’il n’y a pas de carrière pour lui dans le théâtre, que c’est une illusion. Le metteur en scène, face aux tutelles, pour que sa compagnie puisse exister, ne peut pas faire comme s’il n’avait pas de carrière à orienter, il se retrouve un peu contraint par un système, et ne croit plus en sa liberté de création - qui serait imposée du coup par des producteurs ou des directeurs de lieux souhaitant travailler avec tel artiste sur tel texte, avec tels acteurs.

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