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Mitoyen

répétition Mitoyen variation 3

mercredi 8 février 2006, par Erwan Tanguy

Voilà la troisième étape de Mitoyen qui commence. La vidéo et la musique prennent plus de place, et le temps semble s’élargir pour que cette petite histoire s’amplifie. J’écoute en lointain le texte absent - peut-être me manque-t-il ? Je ne sais pas vraiment, je ne voudrais pas croire qu’il me manque juste pour le plaisir de l’entendre au détriment de ce qui se passe, de ces rencontres d’images, de sons et de corps (homme et tête de marionnette). J’essaie donc de l’oublier, le texte, de le laisser en silence malgré mon désir de le réentendre, pour me laisser guider dans ce poème, cette construction poétique étrange.

répétition Mitoyen variation 3
fillage du 8 février

Evidemment cela questionne mon travail, mon écriture. Quand le texte prend trop de place sur un plateau, qu’il semble concentrer à lui seul toute l’attention. Je ne veux pas qu’il en soit ainsi du texte, que je considère, dans mon propre travail, comme un matériau parmi d’autres pour la scène, pour le spectacle. Il donne des pistes auquelles s’ajoutent d’autres pistes, il ouvre des gouffres et des vertiges qui font écho au reste. Sont-ce ces gouffres qui me manquent ? Peut-être. Et pourtant le vertige est là à construire, il est là et, même si je regrette l’absence du texte, ce qui se construit est juste.

L’absence de texte est même une nécessité, elle oblige à être présent, plus que présent, absolument là, quand avec le texte il pourrait être simple de s’oublier un peu, de rater sans que cela se voit, parce que le fil narratif est là, fortement, par ces mots. L’absence du texte prend le risque de montrer et d’éprouver la fragilité du moment, rend les gestes sensibles, chaque détail est sous la loupe de nos regards attentifs qui ne peuvent fuir pour plonger dans l’imaginaire du texte seul, entendu, lointain. L’absence du texte empêche peut-être le sommeil, le doux sommeil du spectateur bercé par le spectacle.
Mais comment le faire entendre sans qu’il devienne si envahissant ? Faut-il le morceler encore ? Lui donner une présence plus discrète encore, un murmure, une didascalie soufflée hors scène ?

J’ai longtemps été attiré par l’effet voix off, voix sortie de nulle part grace à la technique, qui vient survoler le plateau, sans corps, parole divine peut-être ? Aujourd’hui mon besoin de corps pour porter la parole est plus fort que cette attirance pour une parole de nulle part, le corps et comment il s’adresse, sa posture mais aussi son émotion qui reste différente chaque soir. Je veux donc écrire pour des corps, pour des acteurs, que mon écriture accepte la fragilité de l’instant présent, qu’elle vibre avec eux, qu’elle devienne eux. L’écriture de théâtre - où là pour un marionnetiste - c’est l’acceptation réelle d’être dépossédé. Je dis réelle car elle peut être concrètement vécue par l’auteur là où pour le livre cela reste virtuel.

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