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Paris

lundi 23 mai 2005, par Erwan Tanguy

Je n’ai pas cherché à fuir, chaque voyage me ramenait chez moi, sans souvenir, presque sans trace, juste le billet de train qui attestait à la fois du départ et de l’arrivée, puis généralement d’une facture de l’hôtel, ce qui pourrait signifier qu’il n’y ait pas toujours eu d’hôtel, ou qu’héberger par une connaissance, car il arrivait parfois que cette ville d’où je revenais soit habitée par quelques amis, je n’ai pas eu besoin de facture.

Plusieurs fois à Paris sans note d’hôtel, souvent remplacée alors par des notes de taxi, pour compenser, en échange peut-être devais-je offrir à mon hébergeur un quelconque cadeau. De ces séjours y a-t-il eu des meurtres ?

"Cette fois-là à Paris, un meurtre dans un hôtel du 9ème. Même configuration que les précédents mais rien ne le lie à vous, c’est troublant. Vous souvenez-vous y avoir été ? Nous avons ces notes de taxi, trouvées dans votre appartement, avec vos empreintes et quelques autres, mais les traces sont mauvaises, peu utilisables."

Pas de souvenirs non plus, si j’avais été à Paris, si j’avais pris un ou plusieurs taxis, et quand, je me souvenais vaguement du retour, vaguement car ces successions de retour se ressemblaient finalement. Et à Paris, je fréquente les mêmes lieux à chaque fois, les mêmes théâtres, lieux d’expositions, je prends les mêmes métros, lorsque j’en prends, rien ne distingue un séjour à Paris d’un autre. Je n’ai aucun souvenir de rencontre non plus, comment aurais-je pu assassiner des femmes inconnues dans une chambre d’hôtel, alors que je ne sais même pas où en rencontrer, je ne vois en Paris qu’un vaste terrain de solitude.

"Cette femme a été vue à côté de vous lors d’un spectacle, à votre gauche selon plusieurs sources. Vous lui auriez adressé la parole au moins cinq fois, toujours selon ces sources, avant le spectacle, puis à l’entracte, auriez partagé avec elle un verre au bar du lieu, donc sous entendu discuté, fait connaissance, si vous ne la connaissiez pas déjà auparavant. Je n’ai hélas aucun témoin pouvant affirmer que vous êtes parti avec elle après le spectacle."

Je ne reconnais pas la femme sur la photo, extraite de sa carte d’identité, encore moins son corps figé dans une chambre d’hôtel dont le décor et l’emplacement me sont toujours étrangers. Elle me connaissait, me disent-ils.

"Nous avons trouver votre nom et votre téléphone dans son carnet d’adresse et dans son agenda, indiquant une rencontre le soir du spectacle."

Je suis troublé, dérangé au plus profond de ma mémoire dont il ne reste rien, je sens que ce qui me rattache au temps prend l’aspect d’un gruyère, et les bactéries sont encore vivaces, me dévorent. Quel titre ce spectacle ? Décidément cela ne me dit pas grnad chose, je dirais même que jusqu’ici je n’éprouvais pas le désir d’aller voir ce genre de spectacle. Est-ce justement une manière de construire un alibi, non pas assez précis et trop de témoin. Ou justement, celui qui cherche à me nuire, me donne une présence remarquée, aux bras d’une jeune femme très belle. Des témoins, il n’en manque pas, qui seraient sans doute capable de décrire précisément comment elle était habillée, auraient encore le souvenir de ses jambes par moment dévoilées par une fente de la robe, si elle portait une robe. Portait-elle une robe ? Le corps étendu, mort, sur la photographie, est dénudé. Je ne sais comment elle était habillée.

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