sprechgesang

10 août 04

mercredi 31 mars 2004, par Erwan Tanguy

Je perdu dans la ville. Mon corps ne sera pas antique. Si je me perds dans le temps et dans l’espace, ce moment va toujours de l’avant. Je ne vois que des souvenirs, des interprétations de ce qui a été. Ce qui est n’est pas encore perceptible, ce qui a été ne l’est plus que partiellement. La réalité est insaisissable, nous n’en percevons que des traductions. Pourquoi devrais-je regarder le monde avec les yeux grands ouverts ? Qu’en percevrais-je de plus, de mieux, et qu’en ferais-je de ces visions toutes réalistes, responsables, pour ne pas dire adultes ? Je n’ai pas envie de voir le monde tel qu’il est, ni ne me satisfait du monde tel que je le vois. Ce qui se construit est un autre monde si proche qu’il nous effleure, nous frôle, sans pour autant nous tromper, nous corrompre, nous troquer l’âme pour son bénéfice. Ici il n’y a pas de bénéfice, ni de perte, ou nous parlons de tout autre chose, de ce qui rend l’âme plus proche, au centre de nos aspirations. Le corps et l’âme, cette confrontation de plusieurs millénaires peut-être, et qui aujourd’hui n’est plus qu’un discours dans la bouche de quelques prédicateurs - faux croyants, faux prophètes, d’Églises corrompues - il ne reste que l’économie. Le corps et l’âme ne sont plus des enjeux mais des données économiques ni plus ni moins importantes qu’un produit quelconque. Le corps fait vendre alors mettons du corps. Quant à l’âme, Faust n’aurait plus rien à offrir à Méphisto. Les gardiens des âmes n’ont plus à garder derrière leurs enceintes et leurs détecteurs de métaux qu’un trésor sans valeur ou du moins d’une valeur qui n’est pas la leur. Qu’ils continuent à prêcher la charité tant qu’il n’y a pas de pauvres en leurs murs. Dès franchi l’une des portes, les mendiants font l’aumône à des croyants indifférents qui préfèrent dépenser en bibelots religieux. Vive les marchands du Temple.

Je perdu dans la ville. Si je suis là sur cette place fréquentée, que je monte péniblement les marches en regardant les jeux de séduction, je reste profondément absent, même lorsque ma peau brûle sous les attaques du soleil qu’il est difficile de fuir. Je suis ailleurs mais bien là, sous ce soleil inconnu. Lumière blanche diffuse, aucun espace ne semble demeurer cacher, et les terrasses sur les toits deviennent des lieux de supplices où brûlent les habitants martyrs. Quelle curieuse ville, étrangère à ceux même qui y vivent. Août furieuse chaleur.

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