sprechgesang

16 août 04 - Fin

mercredi 7 avril 2004, par Erwan Tanguy

Dans quelle fable suis-je embarqué, elle m’échappe encore, agit sans révéler ce qu’elle prépare, ni même qu’elle est déjà en action, me laisse croire encore que j’erre en zone de non-lieu, plus précisément de non-fable, elle me trompe, il n’y a pas de temps sans fable, nous agissons tous dans une ou plusieurs fables, dans une ou plusieurs histoires, à nos dépends généralement. Ce que je fais ou ce que je ne fais pas, appartient à un dynamique qui pour le moment m’échappe. Il y a bien entendu les répercussions d’actions passées, de fables qui encore opèrent, mais elles ne me sont plus étrangères, peuvent encore me surprendre, me déplacer, mais leur dynamique est présente, bien en vue, je comprends mieux comment elles opèrent. La fable maîtresse, elle, ne s’est toujours pas dévisagée, elle est puissante, tout ce que je peux dire pour le moment.

Je n’erre plus dans cette ville mais l’errance continue de plus belle, hors de mon corps, hors de ma tête, j’ai une existence nouvelle, organisée autour d’horaires que je dois me répéter chaque jour pour ne pas les oublier ou justement pour mieux oublier ce qu’ils cachent. Je travaille avec les mains. Comme si écrire n’était pas aussi un travail avec les mains. Mais non, ont-ils décidé, écrire est une activité intellectuelle. Une activité et non un métier. Ce travail avec les mains n’est pas un métier non plus, qu’une transition tout au plus, un remplacement de quelques mois. Il ne nécessite ni vocation ni véritable apprentissage. Il faut ranger les boîtes suivant les cotes, parfois en sortir quelques unes - gérer un espace pour éviter son encombrement. Monter descendre. Qu’il est loin mon voyage à Rome.

Et mon corps me lâche à nouveau, aidé par un croche-patte vicieux je m’écroule sans trouver en moi l’énergie de crier, de me plaindre. J’ai d’ailleurs décidé par arrêté personnel, étant seul à me supporter, étant seul à m’entendre, que je ne devais plus me plaindre, parce que mine de rien, ça use la plainte, et pour qu’elle est un certain impact, il faut savoir la renouveler. Pour ma part, je suis lassé, même dans la bouche d’un autre, je reconnais la plainte immédiatement, une réaction physique, je dois partir. Mais là je tombe, arrête tes discussions, tu ne vois donc pas que tu tombes. Je n’ai pas le temps de voir la chute, je suis tombé, je me vois par terre tombé, une douleur au genou, une autre au bras, c’est côté gauche qui trinque comme toujours. Il faut que je pense à autre chose, oublier la douleur.

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