sprechgesang

9 août 04 - début donc

mardi 30 mars 2004, par Erwan Tanguy

Je perdu dans la ville. Corps s’abandonne au soleil, aux ombres, à l’ennui. La douleur est dans le mouvement. Longs fils de souffrance parcourent le dos, les jambes, les bras, le cou. C’est dans le silence, au plus profond de notre silence que se trouve l’apaisement. Plus rien n’agit.

Je perdu dans la ville. Mes yeux égarés figent des clichés sans rapport avec le voyage. Les bâtiments, monuments, rues, paysages dont l’âme n’est pas accessible. Je regarde. Encore. Où sont les ombres qui reposent, qui rassurent. Mes os vous rejoindront dans peu. Je vois bien dans ces images une volonté carte postale enfouie dans mon geste. Même le vent ne semble pas m’affecter. Je suis hors du temps et de l’espace, perdu dans la ville. Il n’y a que ces quelques noeuds qui m’oppressent, me rappellent à l’ordre. Mon corps se bloque, lui aussi cherche à me figer dans cette mort attendue. Je me statufie lentement. Il suffira de me briser les membres pour que j’apparaisse à mon tour comme un des monuments de cette ville, un témoin modeste de qu’elle fut par le passé. Je serai exposé au même titre que les autres. On m’attribuera ou non un sculpteur, élève d’un maître renommé. Ou resterais-je anonyme définitivement inclassable au carbone 14. En attendant ce glorieux repos, je sens la dégradation bien avancée. Chaque parcelle meurt en suivant un plan défini mais qui m’échappe pour le moment, n’ayant accordé que peu d’intérêt à la géographie de mon corps et à son fonctionnement. Je n’ai aucun regret à ce sujet, les explications m’ont toujours ennuyé, fatigué surtout par l’énergie que cela me demandait pour faire paraître un semblant d’écoute, de concentration, pour donc dissimuler ce sommeil profond qui m’envahissait, m’envahit encore, ne me quitte plus. Et si je souffre, cela ne m’empêche pas de dormir, je suis juste .... (mot illisible) du monde. J’ai de la douleur aux gens qui ne comprennent pas que je ne sois pas dans cet éveil qui les maintient. Mon présent est autre. Mon langage aussi. Je ne suis ni plus ni moins différent. La brume dans mes yeux n’enlève rien à la lucidité. Je pourrais aussi refuser d’être lucide, m’acharner à ne voir que des troubles. Je ne me tromperais pas pour autant.

A peine je commence à m’habituer aux douleurs ou du moins à les connaître suffisamment pour ne pas les provoquer, qu’une nouvelle me surprend. Aux genoux, au crâne, aux doigts. Les parades m’obligent à une presque immobilité.

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