sprechgesang

Chant VI, 1997

mardi 12 août 1997, par Erwan Tanguy

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Dire ici que peut-être le mythe parle de lui-même.
Dire ici, c’est-à-dire d’abord se coller aux mots Ceux d’Ovide puis les nôtres naissant lentement avec l’aide des comédiens.
Quelle est-elle, cette parole que portent les acteurs, lorsqu’elle a été écrite pour eux, pour ces corps là sur ce plateau là, lorsqu’elle se charge aussi de ces paroles d’avant, celles d’Ovide, celles qui disent le mythe originel ?
Comment cette mémoire là vient-elle se confronter avec l’ici et maintenant du plateau ? (...)
Comment le théâtre peut-il aujourd’hui sacrifier à la narration, lorsqu’il se dit lieu de parole ? Le chœur se propose en réponse à cela, ou tout personnage acceptant d’en endosser le rôle - ici la mère, antiquité, mémoire extraordinaire qui sait les commencements, connaît le mythe, et refuse qu’il soit rejoué ; ici la servante, cliché de servante, qui dit l’attente aussi, et redit le théâtre comme lieu du faux, de la représentation, de la répétition enfin (...)
Une place pour le corps enfin, ou comment le mouvement, la danse, la chorégraphie peuvent-ils venir déranger l’ordre de la parole théâtrale, se proposer en contrepoint, en soutien, en intermède ou tout simplement en silence ?


Extrait de la pièce - scène 6

Térée entre. Celui qui déjà à bien manger, baille encore, vient dire bonjour au monde et attend la réponse à genoux de celui-ci mais il n’y a que Zébulon, triste monde.

Térée
Toujours vivant mon père On connaissait Castor et Pollux maintenant voici Zébulon _ Chantez-nous votre chanson mon père qui me faisait tant rire quand j’étais encore sur vos genoux

Zébulon
J’ai honte de vous

Térée
Moi aussi j’ai honte de vous mais je vous garde quand même puisque vous allez si bien avec ce mobilier ce palais où tout est si peu fonctionnel Cela vous ressemble tellement

Zébulon
J’ai honte de vous avoir si mal élevé Mon fils Ce pouvoir que vous m’avez pris (entre Itys)

Térée
Tu tombes bien Itys Ecoute le discours de ton grand-père Tout ce qu’il ne faut pas faire

Zébulon
Vous me l’avez pris ce pouvoir En raison de ma faiblesse vieillesse Il paraît selon les gens de votre espèce que l’âge éloigne du politique Alors on écarte les inaptes de mon genre Et vous dites faire ce politique qui me manquait A votre façon sauvage presque barbare Mon fils écoutez-moi au lieu de vous moquez avec Itys avant de vous voir perdre Quelle haine vous tient Permettez que je comprenne Avant que ne s’écroule ce lieu là bâtit de nos pères Mon fils Térée vous pensez pouvoir tenir ça seul

Itys
Vous vous trompez grand-père C’est ce que le peuple attend

Térée
Même mon fils est moins naïf que vous J’ai vu vos ministres et leur incompétences De pauvres enfants lèche botte vos bottes avec la langue parce qu’incapable de prendre une décision Terrible non d’être responsable, d’assumer quoi que ce soit à notre époque Je ne veux pas de vos incapables ni de leurs expériences de silence à vos pieds

Itys
Mon papa a rétabli la puissance de notre famille grand-père là où vous avez comme votre père et le sien laissé les mauvaises habitudes ternir affaiblir notre famille Elle revit maintenant non Nous pouvons de nouveau en être fiers grand-père

Térée
Je suis seul à décider Je sais ce que vous voulez me faire comprendre Vous me l’avez souvent répéter Cette manie de croire que quelques parcelles d’un pouvoir hypothétique distribué à ses ministres pour tuer le germe de la révolte Je connais toutes vos théories là-dessus Vous me les avez tant de fois rabâchées Elles m’ennuient Pas de surprise avec vos théories Alors je les ai déjà écrasées vos théories comme vos ministres et leurs fils aussi J’opte pour la terreur au profit d’une paix entre mes mains plutôt que vos comploteurs hystériques

Zébulon
Vous voulez jouer au sacrifié maintenant Je vous offrirez la couronne d’épines convenue Je l’ai déjà vu appliqué votre sens du politique Souvent même Tous les dictateurs se disent être des sacrifiés

Térée
Taisez-vous

Zébulon
Vous voulez tenir tout le monde au silence Coupez moi la langue aussi

Itys
De quoi il parle papa

Térée
Il divague le sénile Je t’ordonne de ne pas l’écouter

Zébulon
Jusqu’où va votre pouvoir Vos limites sont-elles encore humaines Térée rien n’est encore perdue si vous aimez votre fils votre femme

Térée
Taisez-vous Itys souviens toi de son âge ça perturbe sa tête toute cette vie derrière _ Taisez-vous ou

Zébulon
Ou vous me tuez devant votre fils Allez-y

Itys
Papa

Zébulon
Et lorsque Itys aura l’âge du pouvoir et qu’il vous trouvera trop vieux pour y rester

Térée s’en va.


Texte
Erwan Tanguy

Mise en scène
Anne-Gaëlle Samson

Lumières
Jean-Yves Baudais

Avec
Eric Antoine
Estelle Baussier
Hannah Besnard
Jonathan Bidot
Fabien Doneau
Delphine Lefeuvre
Jean-Noël Lefèvre
Fabrice Le Fur
Suzanne Tandé
Agnès Toularastel

Portfolio

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