sprechgesang

Déjanire, 2004

jeudi 12 août 2004, par Erwan Tanguy

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Déjanire veut mourir quand elle apprend la mort de Hercule par sa faute. Son fils l’en empêche...
Travail autour du mythe de Hercule en collaboration avec l’Association 2 sur un projet de Benjamain Guyot, le court texte Pendez-moi ! est une forme assez proche des petites pièces de Müller ?


Extrait de la pièce - 1 -

Personnage : Déjanire (veuve de Héraclès), Hyllos (fils de Héraclès et de Déjanire), Tlépolène (fils de Héraclès et de Phylée)

Hyllos
Il a disparu

Déjanire
Pourquoi est-il parti ?

Hyllos
Votre présent l’a tant fait souffrir

Déjanire
C’était un philtre d’amour

Hyllos
Votre recette était mauvaise
ou empoisonné par un sang étranger
Se consommant lentement et douloureusement, il a préféré mettre fin à ses jours

Déjanire
Que dites-vous là ? Il est mort

Hyllos
Il entame une nouvelle vie

Déjanire
Non
mon amour, que vous ai-je fait
accordez-moi votre pardon
vos infidélités j’ai perdu la raison
je me suis laissée avoir par des remèdes de sorcières
je vous désirais aimant d’un amour absolu exclusif
et vous n’êtes plus
empoisonné par mes mains et mon cœur jaloux

Hyllos
Son père ne l’a pas abandonné, il entame une autre vie
mais il ne reviendra pas

Déjanire
Je l’ai perdu
peu importe où
comment
ce qu’il fait
et avec quelle autre femme
de cette vie il est mort
Mon geste est autant ma perte que la sienne

Hyllos
Je n’ai pas pu l’aider
Il était dans une rage folle
Sa peau semblait bouillir
Je lui ai dit : « Père arrachez cette tunique empoisonné »
Il ne m’a pas entendu

Déjanire
Cessez, je vous prie, je ne veux pas le savoir
à mon tour de brûler du même feu empoisonné
Je ressens sa souffrance, elle est encore vive
Vous n’avez pas pu aider votre père, assistez votre mère indigne
accompagnez-moi vers la mort

Hyllos
Je resterai près de vous

Déjanire
Trouvez-moi une corde

Il part - elle reste inerte, ne dis rien, ne fais rien - puis répète les paroles du centaure - un chuchotement - puis une voix lointaine redis ces mêmes mots
" Ecoute quel profit tu retireras, si tu suis mes conseils : si de ma mortelle blessure tu recueilles le sang coagulé, à la partie de la flèche où l’hydre de Lerne l’a imprégnée de son noir venin, ce te sera un philtre pour l’esprit d’Héraclès et pour empêcher ce héros de te préférer jamais aucune rivale."
Puis elle dit :
"Prends cette fine tunique, c’est un don de ma main que je fais à mon mari. En la remettant, recommande-lui que personne ne s’en couvre le corps avant lui : elle ne doit voir ni les rayons du soleil, ni l’enceinte sacrée d’un temple, ni la flamme brillante du foyer avant qu’il paraisse lui-même avec éclat et la montre aux dieux dans un jour de solennel sacrifice."
Temps.

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