sprechgesang

Mitoyen, 2005

vendredi 12 août 2005, par Erwan Tanguy

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Projet de Renaud Herbin & Nicolas Lelièvre.
D’une rencontre naït un texte, un poème pour Renaud Herbin et la tête-marionnette qui l’accompagne. Cette courte forme a été présentée à Mythos en avril 2005.
Musique de Morgan Daguenet

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Texte

Ah ! (Sorte de râle de bien être)

Ecoute ce silence chez moi

Bien j’y suis
Pour ainsi dire je me complète
Le pouls du monde
Je le sens vibrer sans sa menace

Ah !

Je m’y trouve entier
Je peux arpenter chaque mètre carré
Placer à l’aveugle tâches sur le mur
Au toucher et au son reconnaître - et me situer
Tous les paramètres associés
Rare de se tromper

Ah !

Ecoute
Là chez moi
J’y suis
Tout tourne autour à bonne distance
Je m’assois et laisse ma tête en arrière - les yeux figés dans l’obscurité sur le plafond _ où je devine de petits reliefs - puis je regarde les murs - mitoyens et les murs porteurs - le nombre de prises électriques par exemple -

Hum

Mitoyen, 2005

Chaque centimètre je le scrute - ainsi - ma peau de même - chaque pore - j’allume j’éteins les - tous - je vérifie - j’en perds du temps à vérifier à chaque fois - il m’arrive parfois - si je me cogne - de douter - si - pas à la bonne place - à la bonne - distance
Sinon

Hum

Il n’y a pas d’endroit où je sois mieux
Puis je redresse la tête et parcours des yeux - il m’exprime
Je suis à l’abri - protégé par les filtres modernes de l’architecture d’aujourd’hui

Si
Je change
Il change
Je suis chez moi et j’ouvre les yeux

J’y suis
Bien mieux que dehors
J’y suis entier même si parfois - encore - il arrive qu’un événement de l’extérieur

Ah !

Me fasse sursauter
Trop vif pour que tous ces filtres agissent
Parfois je doute
Frappe contre les murs
Parfois j’ouvre la baie vitrée - je m’y tiens les mains - exprime mon mécontentement

Il n’y a personne - autre que moi

« Qui es-tu ? »

Cache-cache je me surprends
Rien ne doit me faire douter

Tous ces détails me rassurent
Je me partage

Ce qui change
Par mes mouvements
Ça se déplace
Je déplace l’optique

Si

Si je m’en approche - je m’y glisse
Il devient moi
Je l’ai oublié
Il est autre
Je me hisse
Je m’escalade

Hum

Je me regarde - contemplant en lui chez moi
Chaque ouverture - aspérité - je la revendique
Etranger soudain - devant m’accepter
Je me partage

Pénétrer mon espace vital
Mes pieds se détendent

Si

Si je me parle
C’est une habitude - curieuse - peut-être
Hé pousse-toi !
Je me donne des ordres
Je me pousse me laisse de l’espace
Me permets de regarder autrement
Et plusieurs moi se bousculent
Ça encombre

« Tu te prends pour qui ? »

Je m’associe à l’espace
Cela prend forme
Je suis vraiment avec - en voisinage - en appropriation
Non sans crainte de ce qui m’est étranger
Ce qui - s’infiltre
Malgré les filtres modernes - malgré le double vitrage j’entends le dehors qui s’agite
Malgré l’apparente imperméabilité de ma peau le dehors m’infiltre
Peau mitoyenne
Je deviens avec l’autre

Je me donne un bras
Non juste une main et un pied

Il faut bien que j’amorce mon partage

Je au seuil de l’entrée regarde dehors

Mes yeux plissés par la lumière - des voix - le bruit des pas sur le trottoir - un réverbère une voiture un banc public

Plus qu’un pas - je n’ai plus qu’à
Je franchis le pas du pied
Me voilà dans la ville

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