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Partir

vendredi 4 septembre 2009, par Erwan Tanguy

Voir en ligne : Italie : le HCR consterné par le calvaire de cinq immigrants érythréens

Partir. Il s’agit de partir. Pas loin. Même pas besoin de bouger. Il s’agit de partir, de s’éloigner de tout ça. Ne plus attendre. Ne plus attendre que la rage éclate mais rugir en permanence pour rester honnête avec soi-même et avec les autres.

Casser les formes est un premier départ. Ça ne signifie pas s’affranchir du passé. Ça ne signifie pas table rase. Casser les formes pour trouver son propre langage. Un langage en profondeur. Suffisamment solide pour tenir la rage. Pour résister à la furie et assourdir.

Partir
© AFP | Des membres de la Croix Rouge assistent l’un des cinq Erythréens recueillis au large de Lampedusa, le 20 août 2009

Aujourd’hui je suis terrassé par l’ennui. Je regarde, je lis, j’écoute. Rien ne va ensemble, rien ne correspond. Tout est sourd. Sourd à ce qui se passe. Je lis "5 rescapés trouvés sur un bateau en pleine mer". Ils en ont vu passé des bateaux avant d’être sauvés. Plus personne ne les voit, plus personne n’est là pour les secourir. Et après. Eux 5 ont eu de la chance, pas les autres qui sont morts dans ce bateau et jetés à la mer. Eux 5 ont eu le droit à un geste. Tant mieux pour eux mais ça ne cachera pas le cynisme de nos lois. Il n’y a plus de boat people, juste des clandestins. Voilà ce qu’on nous dit. Il n’y a plus de boat people car ça oblige à la compassion. Les clandestins, quant à eux, ce sont des voleurs de poules. Voilà ce qu’on nous dit. Il n’y a plus de boat people. Il n’y a même plus de baleine. Les corps morts coulent dans une mer vide de poissons où s’accumulent les algues vertes et les méduses. Mais les corps ne souffrent plus des méduses, ils tombent à l’infini.

Il s’agit vraiment de partir. De briser cette passivité, cette fausse mobilité. Il chante "on avance on avance". Mais on n’avance pas. Pour avancer il faut autre chose. On ne peut pas avancer avec de telles absurdités.

Jonas, pourquoi as-tu lâcher prise ? Que tu te sacrifies, je n’ai rien à y redire mais pourquoi renoncer, pourquoi accepter ton sort et prier. Tu as renoncer à ton propre sacrifice. Tu as renoncer pour aller sauver une ville.

Qu’y a-t-il à sauver aujourd’hui ? Maintenant que nous n’avons plus la foi en des chimères, il faudrait ne pas se perdre pour autant dans des croyances plus destructrices au risque d’en perdre la vue.

(à suivre)

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