sprechgesang
Accueil du site > Les auteurs > Erwan Tanguy > Théâtre > The Night Is Ours - 2007|08

The Night Is Ours - 2007|08

mardi 16 septembre 2008, par Erwan Tanguy

D’abord un article de Rushdie sur la mort de Amadou Dialo à New York, tué par des flics, bavure à caractère raciste... Une sorte de révolte profonde, un besoin puissant d’écrire, de réécrire cette histoire. Pour la dépasser peut-être, mais surtout pour hurler contre ce genre de tragédie. Alors oui ça se passe dans un autre pays, avant même 2001, ça peut sembler loin de la France, de la manière dont le racisme ici prend forme. Et pourtant.

Ce texte, plutôt que de le donner tel quel, j’ai choisi de le mettre en musique avec Mikaël Plunian (voir le labo musique). Un des textes est passé aussi dans la machine à musique des Traversées.
Un projet pour un festival rennais est prévu pour avril 2009... à suivre.


extrait

Prologue
(celui qui va mourir)
Je marche
Je marche lentement
Par fatigue
Je n’aime pas trainer la nuit ici
Petite nuit banale
Des cris résonnent au loin
Comme toute les nuits
Je marche
Je marche épuisé
Par les études et le travail
Ça fatigue en profondeur
Petite nuit banale
Je n’ai que quelques heures pour dormir
Et ça recommencera
Mais il faut que je mange
Sinon je n’y arriverai pas
Je marche
Je marche décidé
Vers l’épicerie
Il est comme moi
Il bosse la nuit pour payer ses études
Mais il est d’ici
Et même s’il me connait
Même s’il me salue
Je reste un étranger
Je mange
Je mange doucement le khebab
Il me regarde
Mais il regarde ailleurs
Ses yeux sont loin
Il faut savoir s’évader dans la tête
Pour pouvoir continuer
Comme ça
Presque toutes les nuits
Il fermera tout à l’heure
Je dormirai déjà
Il n’aura que quelques heures aussi
Et ça recommencera
Je marche
Je marche régulièrement
Pour ne pas attirer l’attention
Pour disparaître aux yeux des curieux
Je suis une ombre
Un noir la nuit
Je marche
Je marche mais ne m’arrêterai pas
Pour parler un peu
Avec l’employé des locations vidéos
Et pourtant je sais
Bientôt il n’y sera plus
Remplacé par un distributeur
Il fera un autre boulot
La nuit toujours
Et je continue
Esquisse un geste pour le saluer
Hausse les épaules en montrant
Le ciel noir
Petite nuit banale
Comme si de rien
Je regarde toute les fenêtres
Les maisons
Le silence qui voudrait y régner
Parce qu’on veut y croire
On tente d’oublier la peur
De s’endormir comme si
Tout allait bien
Que ce nommé chez soi
Soit le temps du sommeil
Un espace rassurant
Je marche
Je marche sur mon ombre déformée
Derrière il y a des phares
Une voiture qui passe
Et j’arrive enfin devant ma porte
Je vais pouvoir dormir

(nuit dans une banlieue – voix d’un flic dans une voiture qui roule)
« The night is ours »

{process=oui}